" Philosophus per ignem " philosophe par le feu
par Patrick RIVIÈRE
Un oeil qui sache voir la Nature, Un coeur qui sache sentir la Nature, Une
volonté qui sache suivre la Nature. Triade bardique. Le bon Maitre de
Savignies nous a quittés pour d'autres cieux, sans avoir connu,
hélas, la chance que rencontra l'octogénaire Denys Zachaire
[1]... Mais le " don de Dieu " n'existe-t-il pas déjà
dans la " vocation " de l'Artiste dont Eugène Canseliet
n'hésita pas à dire : " L'Alchimie est la vocation par
excellence. Ne peut devenir alchimiste, que celui qui est appelé -
vocatus - et qui reçoit ainsi de Dieu, la grâce la plus efficace
[2] ". Celui qui pratique avec effort et persévérance
l'Alchimie opérative ou " l'Art difficile changeant par
l'humidité ignée, les métaux en mercure " mesure
combien le " Grand-CEuvre " constitue un authentique sacerdoce ! Quel
meilleur exemple d'humilité et de courage aurait pu nous être
donné en ce siècle où l'effort tombe en
désuétude ! Combien de ceux qui, à deux pas de Notre-Dame,
dans l'hermétique quartier Saint-Séverin, à l'angle de la
rue de la Huchette, ont croisé un petit homme âgé mais au
regard intensément vif et perçant, d'une mise impeccable, portant
une large sacoche en bandoulière, ont brusquement ressenti cet
étrange souffle que la " Philosophie " sait si bien
transmettre aux " enfants de Sapience "... Cet homme " en dehors
du temps " et non pas amoureux d'un passé révolu, comme ses
détracteurs l'ont allégrement soutenu, a toujours su offrir
l'image du parfait Philosophe " en marge de la science et de l'histoire
" dont la plus sûre définition nous est ot'ferte par Dom
Antoine-Joseph Pernéty en son Dictionnaire Mytho-Hermétique :
" PHILOSOPHE : Amateur de la Sagesse, qui est instruit des secrètes
opérations de la Nature, et qui imite ses procédés pour
parvenir à produire des choses plus parfaites que celle de la nature
même. Le nom de philosophe a été donné de tout temps
à ceux qui sont véritablement instruits des
procédés du grand oeuvre, qu'on appelle aussi Science, et
philosophie hermétique, parce qu'on regarde Hermès
Trismégiste comme le premier qui s'y soit rendu célèbre.
" Comment ne pas s'étonner devant la sage humilité de celui
qui s'estimait, à l'approche de sa quatre-vingtième année,
" le plus vieil étudiant de France ! " (il aurait eu
quatre-vingt-trois ans le 18 décembre prochain). Fort heureusement, son
oeuvre " charitable " (les Enfants d'Hermès nous comprennent)
perdurera au-delà des ans : L'Alchimie expliquée sur ses textes
classiques en constitue incontestablement la synthèse, mais la lecture
et la relecture d'Alchimie, des Deux logis alchimiques, des Trois anciens
traités d'Alchimie ainsi que de nombreux articles parus dans diverses
revues : Les Cahiers dHermès, Initiation et Science, notre revue A
tlantis et plus récemment La Tourbe des Philosophes, s'avère
indispensable pour celui qui nourrit le dessein de " passer au laboratoire
! " Que pourrait-on dire encore du Mulus Liber d'Altus auquel il sut
donner la parole : le traité du " Feu secret " par
excellence... L'authentique disciple de l'Adepte Fulcanelli, modeste
Frère Chevalier dHéliopolis (F.C.H.) a soigneusement transmis
à la postérité l'intégralité de la Tradition
alchimique. A la question essentielle posée par Robert Amadou, lors d'un
entretien privé (relaté dans Le Feu du Soleil : " Comment
devenir Alchimiste ? ", il répondit sans ambages : " Je publie
les oeuvres de Fulcanelli et les miennes afin d'assumer la charge qui me fut
assignée, c'est-à-dire de répondre pour le mieux aux
besoins de tous ceux qui participent au renouveau de l'alchimie et qui
deviennent les disciples de sa grande école. " Et à une
question posée cette fois par la revue Hamsa (n' 9, 1975) " Est-il
possible, pour une personne isolée, d'arriver à quelque chose
sans l'enseignement d'un Maître ? ", il répondit avec toute
la précision et l'amour de la vérité physico-chimique qui
le caractérisaient : " Quant à l'enseignement : il y a les
livres et il y a l'effort. L'alchimie propose, le disciple fait l'effort
"... En hommage à notre bon Maître de Savignies En ce jour de
Pentecôte 1982
[1] - L'alchimiste Denis Zachaire obtint la Pierre à l'age de 80 ans
[2] - Le Feu du SoleilR. AMADOU (J.J. PAUVERT, 1978)

Photo obtenue par le simple fait du "hasard", par superposition non
voulue de 2 photographies au moment du développement |