I. - L'Alchinie est une étude qui imite la Nature et va beaucoup plus loin que cette servante de la Divinité. L'alchimie imite la nature dans .ses lois physiques générales, mais elle utilise surtout l'observation des réactions et phénomènes speciaux au règne "minéral". C'est ce que les "Philosophes" entendent lorsqu'ils disent qu'un enfant nait et se développe d'une manière et un métal ou un minéral d'une autre. Il. - Ce n'est pas la lecture des livres philosophiques qui constitue le Philosophe; mais bien plutôt la pratique, précédée d'un fidel ami, qui nous démontre l'Art. L'Ami "fidel" de l'opérateur n'est pas un "homme", un compagnon ou serviteur humain, bien qu'il soit un Maitre, ou initiateur susceptible de diriger l'artiste à travers le labyrinthe des opérations. C'est lui qui, par une démonstration "in vase" confirme ou infirme la voie, révèle ou annule la technique, certifie l'exactitude ou l'insuccès du travail. Celle substance secrète, qui doit toujours accompagner l'Alchimiste et joue, dans l'oeuvre, le rôle d'"agent", est qualifée par certains auteurs du nom d'"Elie Artiste" (Elias Artistas): terme correspondant au mystérieux "Artiste Solaire" (Elios). Il est encore appelé "Feu secret" ou " Feu Philosophique". D'où l'affirmation si souvent répétée dans les axiomes généraux : "On ne petit rien faire sans feu". "Chercher à bien comprendre, afin d'identifier ce point capital, pivot de tous les autres, dit Philaléthe, sans lequel il est inutile de rien entreprendre." III. - Notre Art est aisé et difficile, très précieux et vil, selon le sujet qui s'y applique et s'y attache. IV. - Il est aisé en ce qu'il ne se conduit que selon la voie de la simple nature. V. - Il est difficile en ce qu'il nous découvre tous les mystères, de cette savante ouvrière et nous rend les confidents de ses ressorts cachés. VI. - Il est précieux, par rapport à ceux qui recherchent notre Art dans les choses précieuses et chères. L'Art n'est précieux que par ses résultats, lesquels sont triples : 1 - La Pierre Philosophale,. 2 - La Médecine Universelle 3 - La Lumière Inextinguible. Les deux derniers découlent de la première, Celle-ci étant la matière initiale de celles-là. VII. - Il est vil, en ce qu'il tire son origine d'une chose, sinon vile, du moins très commune et très connue. VIII. - La Matière des Philosophes est unique en essence et en nombre et ne dépend point de plusieurs sujets. La Matière des Philosophes est unique après son extraction et si on la considère comme " isolée", au sens chimique ordinaire. De telle sorte qu'on peut dire, "philosophiquement" qu'elle ne dépend pas de plusieurs sujets, quoique, d'un autre côté on puisse, avec autant de vérité, affirmer et démontrer par l'expérience, qu'elle nait de la destruction de plusieurs sujets. " Notre Pierre, dit un adepte, est an orphelin qui survit à ses parents. " IX. - Ce n'est point dans le règne Astral qu'il faut chercher notre matière, quoi qu'elle renferme toute la vertu des Astres. X. - Ce n'est pas aussi dans les Eléments, quoi qu'elle les ait concentrés en elle. Les Eléments sont l'Air, la Terre, l'eau et le Feu. Si la matière a ses éléments "concentrés en elle", c'est qu'il s'agit d'une "quintessence". XI. - Le règne Animal ne peut pas non plus nous la donner, quoi quelle soit douée d'une âme très noble. XII. - Le règne Végétal ne peut pas non plus nous fournir notre Matière, quoi qu'elle ait un esprit végétatif et une vertu beaucoup plus multipliante que tous les végétaux. XIII. - C'est enfin, dans la dernière famille de la Nature, je veux dire le règne Minéral, qu'il faut la découvrir, quoi qu'elle ne soit ni or, ni argent, ni mercure vif, ni aucun des autres Métaux et Minéraux, majeurs et mineurs, à l'exception de ce que les Philosophes appellent leur ELECTRE MINERAL, non mûr, ou la MAGNESIE PHILOSOPHIQUE qu'ils appellent leur "Saturne", qui n'est nullement leur comnun, et qui ne peut être compris par le sens ordinaire des chimistes vulgaires. Il s'agit ici du " sujet unique" après son extraction c'est-à-dire de la "Semence Métallique" qu'aucun chimiste, en effet, ne connait ni ne soupçonne. Il ne s'agit pas du Saturne commun, c'est-à-dire du plomb. C'est une matière, comme le dit Dom Pernety, en voie de perfection. C'est pourquoi les Philosophes disent qu'il faut commencer là où la Nature a fini. XIV. - La Matière des Philosophes doit être crue; c'est-à-dire n'avoir jamais passée par le feu. Il y a lieu de prendre garde ici. L'auteur, dans cet alinéa, parle des "parents de la Pierre" réunis par la Nature et modifiés par le "Feu Secret" mais non encore travaillés " seuls" par le Feu vulgaire. XV. - Notre Magnésie est la vraie et unique Matière de la Pierre Philosophale, dans notre voie universelle qui est humide et sèche. C'est la "Semence Métallique" à laquelle les philosophes donnent le nom de "Magnésie" (de magnes, aimant). XIV. - La solution de notre Matière est : ou violente, ou douce ou bénigne. XVII. - Le Feu des Philosophes, en tant que le plus grand et le premier de leurs secrets (puisque c'est la seule connaissance qui distingue le Philosophe des Sophistes) est triple : le naturel, le surnaturel et l'élémentaire. XVII. - C'est le Feu naturel qui fait le Souphre d'Or de la Magnésie. Le Feu Naturel est nue substance particulière, agent ou "Elie Artiste". Tous les Philosophes qui en ont parlé n'ont fait que l'indiquer par un nom spécial et différent des autres. Artephius et Pontanus ont décrit quelques-unes de ces propriétés. Limojon de Saint-Didier affirme seulement que ce Feu, qui n'a rien de commun avec la flamme du fourneau, calcine la matière passive à la manière de certains corrosifs. Il ajoute que le "Feu Secret" est de la nature de la chaux, que l'Artiste doit le préparer avec soin, et qu'on ne saurait le trouver dans la famille métallique. C'est là tout ce qui en a été dit de plus exact et de plus véritable. XIX. - Le Feu surnaturel est le "Menstrue" dissolvant des Philosophes qui n'est pas corosif. C'est un feu igné, une eau non aqueuse, un esprit corporel, et un corps spirituel : en un mot, un feu froid, dont la chaleur l'emporte cependant sur la naturelle et l'artificielle. Il n'est que cette chaleur qui puisse dissoudre l'Or radicalement, sans aucune corrosion, et le rendre fusible et potable, qui est de toutes les médecines et de tous les remèdes, le meilleur et le plus agissant. Le feu surnaturel est le Soufre ou Elixir obtenu par l'action combinée du Feu naturel et du feu élémentaire sur la Magnésie. XX. - Le Feu élémentaire est la clef du naturel et du surnaturel, et cependant les deux derniers engendrent le premier. Le feu du fourneau, celui des cuisines. XXI. - Le Feu surnaturel est la Mère du Mercure des Philosophes, le Naturel en est le Père, et l'élémentaire en est la Nourrice et la Gouvernante. XXII. - Le Mercure des Philosophes est simple, ou double, ou triple. XXIII. - Le simple est " la Fontaine aigrelette " des Philosophes, ou leur "vinaigre Philosophique" qui est le premier fondement et l'unique principe de la Pierre; c'est lui qui extrait les Souphres des Métaux, résout et volatilise leurs Sels. Le Mercure simple est un "minéral" directement fourni par la nature et extrait tel quel des Mines, puis travaillé avec un "métal pur". C'est un corps blanc, volatil dissolvant. Nous ne parlons pas ici au figuré. XXIV. - Le double qui est la Terre Feuillée des Philosophes, est un parfum et un oxicrat très doux, une eau qui ne mouille pas les mains, enfin, il est de ce que les Philosophes appellent leur "Azoth". (Azoth signifie commencement et fin. Ce mot a été composé par les Philosophes, d'Alpha et d'Oméga, première et dernière lettre des Grecs; du Z, dernière lettre des Katins; et du Tau, dernière lettre des Hébreux, que quelques spéculatifs ont prétendu représenter mystérieusement la Croix de Jésus-Christ). Le Mercure double est extrait du Mercure simple, c'est la semence ou Azoth. XXV. - Le Mercure est la première Matière des Philosophes qui renferme leurs trois Principes, savoir : Sel, Soufre et Mercure, philosophiquement unis inséparablement par le lien de conjonction. C'est enfin ce Mercure qui scelle hermétiquement de lui-même, et cette eau mêlée de feu. Le Mercure triple n'est autre que le "Soufre des Philosophes" qui se scelle de lui-même et se réverbère pour former la Pierre Philosophale complète. XXVI. - Nous avons cinq solutions de notre Matière : 1° De la Matière crue, pour en tirer le Feu des Philosophes; 2° Afin que ce feu secret, étant extrait, il fasse paraître le "Feu Vitriolin" : non commun, mais philosophique, qu'on appelle "Plomb des Philosophes". 3° Que ce "Feu vitriolique" passe par la putréfaction au Cahos des Philosophes; 4° De l' "Or Philosophique", par le propre Aimant Mercurial; 5° De la "Terre Philosophique" afin d'en former le double Mercure. XXVII. - Il paraît deux putréfactions : celle de notre "Vitriol" et celle de la "Terre Adamique", afin d'en préparer la "Terre Feuillée" ou le double Mercure. XXVIII. - Les Philosophes n'ont qu'un Aimant et deux Aciers. Les deux Aciers sont les produits initiaux du premier labeur : l'un blanc et l'autre rouge. L'Aimant unique est la Magnésie ou Semence métallique. XXIX. - Le Mercure simple des Philosophes est l'Aimant de leur Souphre. C'est par lui qu'on tire l'Or des Philosophes, qui est beaucoup plus précieux que l'Or vulgaire. Il est aussi l'Aimant du Sel Philosophique. C'est avec lui qu'on lave la Terre Philosophique, et qu'on la rend volatile, afin qu'ils se joignent exactement et qu'ils fassent ce qu'on appelle Mercure double. XXX. - L'un et l'autre Acier, tant sulphureux que salin, doit faire coït onze fois avec l'Aimant Mercuriel, afin qu'il acquièrre, par cette cohobation réitérée, une nature régénérée, très noble. XXXI. - La volatilisation de la Terre Philosophique par l'esprit du Mercure (afin que le Sel des Métaux, qui est la Pierre même, soit engendré) demande un Artiste ingénieux, assidu et patient. XXXII. - Le grand mystère est de savoir volatiliser la Terre Philosophique. Sans cette volatilisation, les autres travaux sont inutiles et vains. Les Philosophes ont été très réservés sur cette article. Raymond Lulle, Basile Valentin, Théophraste, Paracelse, Gébert, Arnauld de Villeneuve, Melchior, Michel Sendivogius, le Comte Trévisan, le Morien, et plusieurs autres ont été très obscurs. Ils n'ont dépeint le procédé qu'avec différents hieroglyphes et ont parlé avec des termes très variés. En égard avec la diversité des phénomènes qui paraissent dans cette élaboration, les uns lui ont donné le nom de "Nitre Vierge", extrait de la "Terre Adamique", d'autres l'ont nommé "Grands jours de Salomé", quelques fois les "Champs de Mars"; ailleurs, "Benoite Verdeur de Vénus"; en d'autres endroits, "Terre de Paradis", quelques fois "Moisson portant feuilles et fruits"; dans les occasions "Huile de Talc des Philosophes"; tantôt "Mercure Amalgame"; d'autres "Masse de Perles", prête à se coaguler, "Masse Styrgienne", "Mer glaciale"; quelques fois, "Lune engrossée par Mercure", "Diamant Philosophique", "Manne", "Dragon dévorant sa propre queue". On n'en finirait pas à les reporter. Rappelons le quatrain qui résume l'uvre alchimique : "Si le FIXE tu sais dissoudre" Puis le DISSOUT faire voler, Puis le VOLANT fixer en POUDRE, Tu as de quoi te consoler" XXXlll. - La Terre Feuillée des Philosophes se compose avec leur Or liquide selon le poids de nature; elle est pour lors première Matière, à laquelle si l'on proportionne le "Feu gradué Philosophique" (que les Philosoplies appellent l' "Huile de Saturne" ou le "Cachet d'Hermès"), cette Terre est conduite à l'Elixir Blanc et rouge : elle se teint et se parfait par ses propres Eléments, qui sont l'Air et le Feu, et se multiplie à l'infini. XXXIV. - Il n'y a point de voie particulière qui ne soit émanée de la Source Universelle. Il ne faut donc pas ajouter foi aux fables des Sophistes du temps présent, qui savent extorquer de l'argent aux sujets trop crédules, et les trompent par l'éspoir d'un gain futur qui n'arrivera jamais. XXXV. - Les Particuliers réels se font par le simple Esprit du Mercure des Philosophes, qui est solaire et lunaire, comme la Pierre de Feu de Basile Valentin, l'augmentation de l'Or et de l'Argent, le Cuivre conduit à des degrés de Perfection. La transrnutation de l'or et de l'Argent, en une teinture Tingente, la maturation du Percure vif, en Argent et en Or, et en plusieurs autres. XXXVI. - Le double Mercure des Philosophes rend l'Huile de Talc, que quelques-uns ont, appelé leur "Gur". Il conserve la fleur de la jeunesse jusque dans la vieillesse la plus avancée. Il peut dissoudre plusieurs petites perles pour en faire de très grosse, plus belles de beaucoup, en qualité et en beauté, que les naturelles. XXXVII. - La Teinture parfaite, outre la Transmutation des Métaux multipliés à l'infini fortifie la santé, elle rend fécondes les femmes stériles, elle transmue les, Cristaux en Pierres Précieuses et en Diamants ; elle exubère en Escarboucles et rend le verre malléable. XXXVIII. - En un mot, les mystères de la Pierre sont si grands, qu'à peine la raison humaine peut les concevoir. XXXIX. - C'est ainsi, dit Heymès que Dieu créa le monde. XL. - La Pierre referme en elle, enfin, les secrets, les richesses, les miracles et les forces des trois règnes. LE TOUT PROCEDE D'UNE SEULE CHOSE Très Célèbre Médecin ou Chimiste, qui que vous soyez, résolvez-moi, si vous le pouvez, et s'il vous plait, ce syllogisme sinon; si vous m'en fournissez l'occasion, je suis prêt à vous le résoudre démonstrativement. Je dirai, en passant, que ce programme jettera tous les lecleurs dans les expériences des Minéraux, attendu qu'il désigne cet "Electre Minéral" non mûr, comme la Matière Première de la Pierre. Tachons d'expliquer ce que les Philosophes entendent par leur Electre Minéral. "Notre Matière, disent-ils, se trouve sur mer et sur terre". Ils disent vrai. Mais dans un autre endroit, ils avertissent qu'on ne peut la trouver en aucun endroit du monde. Ils ne nous trompent pas. On entend, par des minéraux, les Sels quelconques ; c'est ce Sel Philosophique dont parle Philalèthe, et qu'il appelle le premier être de tous les sels, qu'il faut rendre tel ; c'est-à-dire. le composer par un aimant attractif des vertus célestes qui est la première matière de la Pierre, et qui est l'Electre Minéral, paraissant sous la forme d'un "Fray le grenouilles ". Ils n'ont donc pas tort d'exclure tous Métaux et Minéraux, puisque ce Minéral est formé par l'Artiste d'une chose, tirée d'une chose, tirée d'une minière, qui n'est rien moins que les 'dines ordinaires, et cette chose est l'Aimant des Vertus Célestes. "Aussi, se récrient-ils, notre Matière a ses propres minières". Ce qui a trompé encore une infinité d'artistes qui ont travaillé sur la vraie Matière sans fruit, c'est qu'ils ont pris le Sceau d'Hermès pour un vase luté à la lampe d'émailleur, ou exactement bouché par un lut. Et je crois qu'il faut que notre matière se fasse un lut elle même, c'est-à-dire que le vers à soie se renferme de lui-mème en sa coque. Je crois en outre qu'aucun des Feux des Chimistes ne doit servir à I'OEuvre. Sur l'attestation des Philosophes, j'exclus tous les Feux de Fourneaux à Vent, de retorte, de réverbère, de Lampe, de ventre de cheval, et m'en tiendrai a leur Feu Secret. Fin de la Science Ecrite de Tout l'Art Hermétique (2) (1) Nous donnons ici le texte d'un écrit extrait du Zodiaque de la Vie Humaine, de Marcel Palingène, d'après la traduction de La Monnerie, publiée en 1733. Marcel Palingène, de son vrai nom : Pier Angelo Manzolli, publia cet ouvrage en latin en 1556. Ce texte figure dans la traduction de La Monnerie. Les quelques commentaires que nous avons ajoutés résultent de notes prises au cours d'entretiens avec notre regretté Maitre et ami : Fulcanelli. 2) Ce texte avait été publié en 1895 par la revue "La Haute Science", sans aucun commentaire. Nous espérons que les notres le, rendront plus intelligibles. En tout cas il S'agit d'un document important pour tous ceux qui s'intéressent à l'alchimie. |